Dans un article intitulé «Une référence pour nos CDI! Qu'en-est-il aujourd'hui?» paru dans le numéro 166, sept.-oct. 2000 de la revue InterCDI (France), Jocelyne Dion décrivait ainsi la situation :
«L'histoire des bibliothèques scolaires au Québec est jalonnée de soubresauts, de prises de conscience suivies d'actions ponctuelles, souvent mises au rancart, faute de politique claire de la part du ministère de l'Éducation et, il faut bien le dire, d'un manque de conviction, sinon de vision, des gestionnaires des commissions scolaires quant à leur valeur pédagogique et leur influence sur la réussite éducative des jeunes. En 1989, le rapport Bouchard1 faisait un constat assez désolant quant au développement anarchique des bibliothèques des écoles. Qu'en est-il dix ans plus tard?»...
«Plusieurs types de personnel oeuvrent auprès des élèves en bibliothèque... La confusion totale règne dans ce secteur quant au nombre et au type de personnel requis et à leur statut, puisque le ministère de l'Éducation ne s'est jamais compromis sur aucune ligne directrice à ce sujet. Les données de 1989 et 1998 reflètent donc cette confusion... En 1989, on dénombrait 209 professionnels dans l'ensemble du réseau, soit un professionnel (bibliothécaire, smte ou conseiller pédagogique) pour 6 959 élèves et 434 techniciens en documentation. On peut présumer que les compressions budgétaires des dernières années et, conséquemment, la réduction des effectifs, et les mises à la retraite doivent avoir sensiblement diminué la liste des personnels, tant professionnel que technique.»... Le désordre règne aussi au chapitre de la gestion des activités de la bibliothèque aux deux ordres d'enseignement, tels que l'indiquent les chiffres...» des tableaux de l'enquête de l'APSDS.
Ces deux facteurs font en sorte que les gens des bibliothèques scolaires sont de plus en plus épuisés et souvent démotivés, pour ne pas dire désabusés, parce que trop peu nombreux pour les tâches à accomplir. Le tableau ci-dessous illustre bien la situation chaotique que vivent les gens des bibliothèques scolaires au Québec. Certaines informations nous laissent croire que la situation des bibliothèques scolaires risque de se détériorer encore plus, à moins que le Ministère ne donne un coup de barre immédiat pour endiguer l'hémorragie.
|
|
Commissions scolaires n'ont aucun personnel pour les bibliothèques de leur écoles primaires. |
|
|
Institutions privées n'ont aucun personnel pour les bibliothèques de leurs écoles primaires. |
|
|
|
|
|
Coordonnatrices et coordonnateurs ont d'autres dossiers avec celui des bibliothèques |
|
|
|
|
|
Bibliothécaires-smte doivent offrir un service aux bibliothèques de toutes les écoles primaires de leur Commission scolaire. |
|
|
Bibliothécaires-smte du secondaire ont en plus la responsabilité de plusieurs bibliothèques des écoles primaires de leur Commission scolaire. |
|
|
Bibliothécaires-smte sont à temps partagé (50%-50%) entre 2 écoles secondaires. |
|
|
Bibliothécaires ont la responsabilité de 2 bibliothèques du secondaire. |
|
|
Bibliothécaires sont engagés comme techniciennes en documentation à 50% du temps. |
|
|
Bibliothécaires sont à 91% ou 50% dans une école secondaire. |
|
|
|
|
|
Conseillers pédagogiques ont d'autres dossiers avec celui des bibliothèques. |
|
|
Enseignants sont responsables de la bibliothèque en complément de leur tâche. |
|
|
|
|
|
Techniciennes en documentation doivent couvrir toutes les écoles primaires de leur Com. scol. |
|
|
Techniciennes en documentation du secondaire ont en plus la responsabilité de plusieurs bibliothèques des écoles primaires de leur Commission scolaire. |
|
|
Techniciennes en documentation du secondaire doivent partager leur temps avec des bibliothèques des écoles primaires de leur Commission scolaire. |
|
|
Techniciennes en doc. du secondaire sont en temps partagé avec leur Commission scolaire. |
|
|
Techniciennes en doc. sont à 83%, 80% ou 50% au niveau de leur Commission scolaire. |
|
|
Techniciennes en doc. sont à 80% ou 72% dans les écoles primaires de leur Com. scol. |
|
|
Techniciennes en doc. sont à 80%, 70%, 50% ou 42% dans une école secondaire. |
|
|
Techniciennes en doc. ont la responsabilité de 2 bibliothèques du secondaire. |
|
|
Techniciennes en doc. ont un statut précaire de 30hres/sem., 25hres/sem. ou 15 heures/sem. |
|
|
Techniciennes en doc. ont un statut précaire de 4 jours/sem.ou 1 jour/sem. |
|
Un rappel du tableau global Sur les 665 personnes identifiées comme
responsables - Au primaire et au secondaire (public et privé),
il y a - Au primaire (public et privé), il y a - Au secondaire (public et privé), il y a - Au public (primaire et secondaire), il y a - Au privé (primaire et secondaire), il y a |
Dernière heure!
Les plans d'effectifs 2001-2002 des
Commissions scolaires
Au-delà, une mission en péril
Dans un tel contexte, la mission de la bibliothèque scolaire est véritablement en péril. Contrairement aux croyances, les technologies ne peuvent pallier à l'absence de personnels. Au contraire, la complexité des organisations - et des logiciels - , surtout, la complexité de l'approche par compétences préconicée par le nouveau Programme de formation, et qui suppose un changement radical dans l'enseignement et l'apprentissage, exigent de plus en plus la présence de personnel qualifié et en nombre suffisant en bibliothèque pour assurer la qualité et la pérennité du service à rendre aux élèves et au personnel enseignant.
«Les prochaines
années seront donc cruciales si l'on veut convaincre les
gestionnaires et les politiciens de la pertinence d'investissements
majeurs pour redresser et moderniser notre réseau de
bibliothèques scolaires afin de l'aider à remplir sa
mission de formation auprès des élèves.
Plusieurs facteurs militent dans cette direction : la réforme
des programmes d'études en cours, un régime
pédagogique modifié faisant une place aux services
documentaires, une politique de la lecture et du livre en vigueur,
des liens qui se tissent entre des bibliothèques et
l'université, une collaboration inter-associative bien
engagée et l'amorce de projets de concertation entre
bibliothèques scolaires et municipales.»
Jocelyne Dion
Pour conclure, voici un extrait du Manifeste de l'UNESCO : «La bibliothèque scolaire est une composante essentielle de toute stratégie à long terme d'alphabétisation, d'éducation, d'information et de développement économique, social et culturel. Comme elle relève des autorités locales, régionales et nationales, il lui faut l'appui d'une législation et d'une politique spéciales. Il lui faut un financement suffisant et régulier pour pouvoir disposer d'un personnel bien formé, de documents, de technologies et d'équipements et son accès doit être gratuit».
Manifeste
de l'UNESCO de la bibliothèque scolaire
Maison de L'UNESCO, Paris, 8 décembre 1998.
Yvon Joubert, président de l'APSDS
N.B. L'APSDS encourage toute utilisation ou reproduction de cette enquête avec la mention de la source.
_________________
1
Québec, Comité d'étude sur les
bibliothèques scolaires, Les bibliothèques scolaires
: plus que jamais... rapport. Québec,
Ministère de l'éducation, Direction
générale de l'évaluation et des ressources
didactiques, 1989, XXIII, 216 p.